La zoothérapie est un sujet qui fait dernièrement beaucoup parler de luI. En effet, on découvre de plus en plus les différentes facettes de cette nouvelle méthode qui utilise la présence de l’animal dans le but d’améliorer la santé mentale ou physique d’une personne, ou tout simplement sa qualité de vie.
La zoothérapie est une pratique largement utilisée au Etats-Unis et au Canada depuis plus de 20 ans. Les avantages de cette thérapie ne sont d'ailleurs plus à démontrer, surtout dans le traitement de différents troubles du comportement chez l'enfant ou la dépression chez la personne âgée. Multidisciplinaire, la zoothérapie n’a pourtant pas la prétention de remplacer la psychiatrie ou la psychologie, mais complète de façon originale les thérapeutiques déjà existantes.
De toutes les thérapies qui ont vu le jour ces dernières années, la zoothérapie est peut-être celle qui s’appuie sur l’un des plus anciens et des plus constants phénomènes naturels : le lien étroit qui se tisse entre l’être humain et l’animal. Compagnons fidèles et impartiaux, les animaux s’attachent aux humains sans les juger, sans rien demander, ce qui est de plus en plus rare de nos jours. Ainsi, l’animal brise la solitude, aide à reprendre contact avec nos émotions et s’avère être un des meilleurs catalyseurs à la relation d’aide. Cependant, contrairement à la croyance populaire, la seule présence d’un animal ne fait pas la thérapie proprement dite, ce n’est pas l’animal qui est le thérapeute mais bien l’intervenant humain !
HISTORIQUE ET PREMIERS RESUTATS SCIENTIFIQUES
De l’Antiquité à nos jours, l’animal a toujours fait partie de notre environnement, autant physique que spirituel. D’abord considéré comme une sorte d’intermédiaire entre le monde des humains et celui des dieux, il a petit à petit acquis une valeur propre, jusqu’à devenir animal de compagnie. Bien avant que ce phénomène - animal de compagnie - n’atteigne l’importance qu’il a de nos jours, son effet bénéfique sur l’Homme était déjà reconnu au 17e siècle. On pensait en effet que s’occuper d’un animal pouvait rétablir l’harmonie entre le corps et l’esprit. Aux 18e et 19e siècles, diverses espèces d’animaux faisaient partie intégrante du décor de plusieurs institutions de soins en Angleterre et ailleurs. Il a toutefois fallu attendre la fin du 20e siècle pour que la recherche se développe et démontre alors scientifiquement les effets bénéfiques que l’animal peut avoir sur la santé physique et psychologique des humains.
Le 20e siècle : les premiers écrits scientifiques
James H. S. Bossard (1944) The mental hygiene of owning a dog
Cet article, qui a énormément de succès à sa parution, fait la revue de 13 bienfaits liés à la possession d’un chien (exemples : il permet d’exprimer son affection, donne de l’affection, contribue au développement de l’enfant comme l’apprentissage de l’hygiène ou l’éducation sexuelle, il permet la satisfaction du désire de pouvoir et consiste en un "catalyseur social").
Sigmund Freud (1959) The interpretation of dreams
Dans cet ouvrage, l’auteur développe l’idée selon laquelle les origines de la névrose viennent de la nature bestiale de l’Homme. Ainsi, les images d’animaux récurrentes dans les rêves consiste en un mécanisme métaphorique qui déguise les pensées et sentiments inacceptables. L’animal est également considéré comme un catalyseur favorisant l’interaction sociale.
Boris Levinson (1962) The dog as a co-therapist
Boris Levinson, qui a introduit un animal dans sa pratique de psychothérapeute pour enfants, est considéré comme le père de la zoothérapie. Reprenant alors les idées de Freud, il propose que la solution de la névrose consiste à restaurer une connexion saine avec son moi intérieur (nature animale inconsciente) en établissant une relation positive avec des animaux réels.
Friedmann et al. (1980) Animal companions and one-year survival of patients after discharge from a coronary care unit
Cette étude démontre qu’après un accident cardiaque, les propriétaires d’un animal de compagnie ont une meilleure et plus rapide convalescence. Les effets bénéfiques au niveau physiologique sont alors démontrés.
Beck et Katcher (1984) A new look of pet facilitated therapy
Cet article fait le revue des derniers articles publiés avec la question suivante : la thérapie assisté par l’animal a-t-elle un effet bénéfique au niveau psychologique ? Les auteurs ne démontrent alors aucun résultat concluant mais notent qu’il faut faire une distinction importante entre la thérapie à proprement parler et l'amélioration de la qualité de vie en général.
Bien qu’un premier article de James Bossard en 1944 sur les bienfaits liés à la possession d’un chien ait eu beaucoup de succès à l’époque, et que Boris Levinson ait développé la thérapie assistée par l’animal dans les années 60, ce n’est qu’à partir des années 80 que les scientifiques se sont réellement intéressés à ce domaine de recherche. Depuis, plusieurs études ont démontré que la présence d’un animal dans un contexte thérapeutique pouvait effectivement avoir un effet très bénéfique sur la personne ciblée. En effet, sur 194 publications analysées (Lehotkay, 2005), plus de 80% donnent des résultats positifs. Que cela soit pour des enfants avec un trouble du comportement, des personnes handicapées physiques ou des personnes âgées soufrant de solitude (pour ne citer que ces exemples), la présence d’un animal est bénéfique à plusieurs niveaux. Ainsi, l’animal nous permet d’exprimer notre affection, il permet de développer les interactions sociales, il contribue à un sentiment d’acceptation inconditionnelle, il diminue le stress, il permet d’augmenter l’estime de soi, il réduit l’anxiété et la dépression, il est une source de motivation pour l’apprentissage, il permet une stimulation des fonctions cognitives et sensorielles, ainsi que des habiletés perceptivo-motrives, et enfin, il offre un contexte normalisant à la thérapie. En fait, la présence de l’animal "humanise" la thérapie.
La zoothérapie est un domaine de recherche très récent. Son développement s’est fait en fonction de l’importance du phénomène "animal de compagnie" qui s’est principalement développé depuis les années 70 (résultat de l’exode rural). Etant donné la récence de ce domaine de recherche, les théories et procédures sont en cours de définition.
Dans le domaine scientifique, pour permettre une meilleure compréhension du processus des bienfaits observés, il a été décidé de distinguer les Activités Assistées par l'Animal (AAA) des Thérapies Assistées pas l'Animal (TAA).
Cette disctinction est d'ailleurs reprise par la Delta Society, qui est un organisme reconnu aux Etats-Unis. Selon la Delta Society, la définition de la thérapie assistée par l'animal (TAA) est la suivante: La TAA est une intervention dirigée dans laquelle un animal rencontrant des critères spécifiques fait partie intégrante du processus de traitement. La TAA est dispensée ou dirigée par un professionnel du domaine de la santé ou du social qui intègre un animal dans le cadre de sa pratique professionnelle. La TAA est conçue pour promouvoir l'amélioration du fonctionnement physique, social, émotionnel ou cognitif de l'humain. La TAA peut être dispensée dans une variété d'environnements différents et peut se faire de manière individuelle ou en groupe. Des objectifs spécifiques pour chaque individu concerné sont identifiés par le professionnel et les progrès sont mesurés et consignés. (Traduction personnelle)
Pour ce qui est des activités assistées par l'animal, la définition de la Delta Society est la suivante: Les AAA fournissent des opportunités pour des bienfaits au niveau motivationnel, éducatif, récréationel et/ou thérapeutique afin d'améliorer la qualité de vie. Les AAA peuvent être dispensées dans une variété d'environnements différents par des professionnels spécialement entraînés, des para-professionnels et/ou des bénévoles accompagnés d'animaux qui rencontrent des critères spécifiques. Il n'y a pas d'objectifs spécifiques, les bénévoles ou les intervenants ne sont pas tenus de prendre des notes, et le contenu des visites est spontané. (Traduction personnelle)
Aujourd'hui, ces deux méthodes de travail sont réunies sous le terme général d'Interventions Assistées par l'Animal (IAA), qui se déclinent elles-mêmes en interventions thérapeutiques ou éducatives, en interventions pédagogiques, ou en animations assistées par l'animal.
1. Interventions Thérapeutiques Assistées par l'Animal (ITAA) ou Thérapie assistée par l’animal (TAA)
Les psychothérapies de typeanalytique ou cognitivo-comportementale sont un contexte particulièrement adapté à l’introduction d’un animal dans le but d’améliorer le lien thérapeutique entre le professionnel et le patient.
Les physiothérapies utilisant l’animal, telle que la delphino-thérapie (thérapie par le dauphin) ou l’hippothérapie (thérapie par le cheval) apporte une motivation supplémentaire qui amène le patient à se surpasser. ____________
Une partie des thérapies peuvent avoir un objectif davantage éducatif dans le but de permettre à la personne ciblée d'être mieux adaptée à son environnement, notamment lorsque ce sont des compétences sociales ou scolaires qui doivent être développées.
Exemple : La thérapie du langage assistée d’un animal consiste à introduire un animal dans l’exercice afin de motiver le patient et apporter un environnement normalisant à la thérapie (ex : logopédie, aide à l’apprentissage de la lecture).
2. Interventions Pédagogiques Assistées par l’Animal (IPAA)
La Ferme pédagogique est incontestablement un lieu d'apprentissage privilégié, qui se différencie de l'animation dans le sens que ce sont les personnes qui se déplacent. Ce serait évidemment difficile d'amener une vache dans une classe d'école…
3. Animations ou Activités Assistées par l’Animal (AAA)
L’animation animalière consiste en une activité liée au monde de l’animal. Cette animation se fait le plus souvent en groupe, où des intervenants viennent accompagnés de différentes espèces d'animaux. On retrouve ce genre d’animation dans les foyers pour personnes âgées, les écoles et tous lieux où des activités de groupes peuvent être organisées.
La visite animalière est l’activité la plus connue à ce jour et consiste en la visite d’un intervenant accompagné d'un animal. Plus fréquemment présente dans les foyers pour personnes âgées, elle apporte à ces dernières une activité différente qui les sort de leur train-train quotidien et améliore ainsi leur qualité de vie.
Le service animalier est l’activité qui ne demande aucune présence humaine, c’est-à-dire qu’un animal est simplement placé dans la chambre du patient qui doit s’en occuper. Ce genre d’activité est encore peu fréquent étant donné que l’environnement du patient est souvent hospitalier et qu’il ne permet pas l’introduction d’un animal dans ses murs. ____________
Ainsi, les interventions assistées par l'animal sont diverses et variées, et les méthodes de travail et leurs objectifs sont aussi différents que les personnes et les problématiques ciblées. La liste des exemples proposés ci-dessus n'est donc pas exhaustive.