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Vous trouvez ci-desous l'article publié en 2004 dans le mensuel Passionnément Chien, ainsi que le résumé de ma thèse de doctorat. Pour toutes personnes intéressées, j'envoie volontiers l'intégralité de ma thèse.

LEHOTKAY, R., 2004. L'attachement dans la relation entre le chien et son maître. Passionnément Chien, 2 (4), 7-9.

La relation que vous avez développée avec votre chien est certainement basée sur l'affection que vous lui portez, mais aussi sur l'amour qu'il vous démontre chaque jour! Vous ne le saviez peut-être pas, mais cet attachement réciproque fait l'objet de recherches scientifiques depuis plusieurs années maintenant. Cet article a ainsi pour but de vous informer sur les dernières découvertes faites dans ce domaine qu'est l'attachement dans la relation homme-animal de compagnie. 

La relation homme-animal de compagnie est un phénomène ancien, particulièrement dans le cas du chien domestique (Canis Familiaris), qui vit parmi les hommes depuis environ 15’000 ans. Depuis ce temps cette relation a évolué, mais la raison principale qui nous pousse à adopter un animal de compagnie demeure l'attachement que nous développons pour notre animal. Considérant que l'attachement implique une relation entre un individu  qui prodigue des soins et un autre qui les reçoit, la relation qui se développe entre une personne et son animal de compagnie est alors souvent considérée comme étant comparable à la relation présente entre une mère et son enfant. C’est sans aucun doute ce que vous-même vivez chaque jour avec votre animal.

Pour comprendre le phénomène de l’attachement entre l’homme et l’animal, il est essentiel de comprendre celui de l’attachement entre humains. Un brin de psychologie s’impose...

Au sens large, l’attachement fait référence aux sentiments qui unissent deux individus, habituellement de même espèce. En psychologie, la notion d'attachement est généralement utilisée dans le cadre de la relation mère-enfant, et plus particulièrement dans le contexte de la théorie de l'attachement de Bowlby. Ce dernier, un médecin anglais, a élaboré sa théorie dans les années 70 à partir des concepts et méthodes issus de l’éthologie, en s'éloignant ainsi de la théorie freudienne qui considère que l’enfant s’attache à sa mère parce que celle-ci satisfait son besoin primaire de l’alimentation. Bowlby considère que la recherche et l’approche de la mère par son jeune sont des comportements qui assurent la protection de ce dernier face aux prédateurs potentiels de l’espèce. Selon lui, le contact entre le jeune et sa mère est l'élément primordial qui permet le développement de la relation d'attachement. Ainsi, la théorie de l’attachement de Bowlby suppose que lorsqu’un enfant est éloigné de sa mère et éprouve de la détresse, il tend à rétablir le contact avec celle-ci. Mais comme vous le savez, deux individus réagissent différemment devant la même situation, et deux mères auront donc des réactions différentes face à la détresse de leur enfant. Il en résulte que l’enfant, suivant la réaction de sa mère, développera une façon personnelle de contrôler sa détresse, et donc un profil d'attachement différent. Dans cette optique, plusieurs méthodes ont vu le jour afin d'évaluer le profil d'attachement chez l'enfant et chez l'adulte. Ces méthodes d’évaluation ont permis de mettre en évidence une correspondance entre le profil d’attachement de l’enfant, évalué à l’aide de la Situation Étrangère de Ainsworth et le profil d’attachement de sa mère, évalué à l’aide d'un questionnaire. (Mary Ainsworth, collaboratrice de Bowlby, a développé une situation expérimentale où l'enfant est confronté à un étranger, d’abord en présence de sa mère, puis sans elle. C’est ce qu’on a appelé la « Situation Étrangère de Ainsworth »). 

Passons maintenant  à la relation que l'homme a avec son animal de compagnie, puisque c’est là le sujet qui nous intéresse. Dans ce domaine, les études faites sur l’attachement sont loin d’être aussi satisfaisantes dans la mesure où elles ne permettent que d'évaluer le niveau d’attachement de l’homme envers son animal à l’aide de questionnaires. Toutefois, utilisant le contexte de la théorie de Bowlby, une étude a établit que le chien manifeste des comportements d'attachement lorsqu'il est séparé de son maître qui sont similaires à ceux de l'enfant lorsqu'il est séparé de sa mère. À partir de ces résultats, et reprenant le parallèle fait entre la relation de l'homme avec son animal de compagnie et celle de la mère avec son enfant, nous avons posé l’hypothèse suivant laquelle les comportements d’attachement du chien sont également liés au profil d’attachement de son maître. Les comportements d'attachement des chiens ont été analysés à l'aide d'une version adaptée pour le chien de la Situation Étrangère de Ainsworth, alors que le profil d'attachement des maîtres a été établi au moyen d’un questionnaire mettant en évidence la manière dont ces derniers recherchent la proximité dans leur relations d'attachement en général. 

Alors que retirons-nous de cette étude? Quelles sont nos conclusions?

Premièrement, nos résultats montrent que les chiens n’ont pas tous le même profil d’attachement vis-à-vis de leur maître. Deuxièmement, le profil d'attachement du chien correspond effectivement à celui de son maître, tout comme il a été démontré dans la relation mère-enfant. Ainsi, les personnes qui recherchent plus de proximité dans leurs relations proches possèdent un chien qui recherche également plus de proximité avec elles, alors que les personnes plus distantes dans leurs relations proches ont un chien plus distant avec elles. 

Bien que ces résultats semblent surprenants, précisons que selon la théorie de l'attachement, le lien entre le profil d'attachement de la mère et celui de son enfant est modelé à travers leurs interactions. Étant donné que la plupart des personnes ont adopté leur chien très jeune, il est fort probable que leur manière d'interagir a influencé le comportement de leur chien. Ce dernier semble donc moduler son comportement en fonction de celui de son maître, tout comme le jeune enfant le fait envers sa mère. C’est certainement le cas de votre propre chien, sans même que vous vous en soyez rendu compte.

Quant au maître, nous remarquons que son profil d'attachement influence les interactions qu'il a avec son chien. La plupart des propriétaires d'animaux considèrent leur animal comme un ami ou un membre de la famille. Ces dernières descriptions faisant davantage référence à un humain, il est possible qu’une personne projette effectivement une identité humaine sur son chien, ce qui expliquerait le fort attachement qu'une personne peut avoir pour son animal.  Il se peut que vous vous reconnaissiez dans cette description. Vous comprendrez alors mieux certains comportements.

Certes, les comportements d'attachement que le chien manifeste à l'égard de son maître sont similaires à ceux que le chiot démontre envers sa mère, mais cela n'implique pas forcément que le chien adulte considère son maître comme sa mère. Nous savons aussi que, dans une meute de chiens sauvages, les individus adultes dont le rang est inférieur expriment leur soumission au chef de meute par des comportements infantiles. Le chien semblant considérer l'humain comme un congénère, il est possible que les comportements d'attachement du chien domestique envers son maître soient pareillement un indice de soumission. Par conséquent, il demeure difficile de savoir exactement si le chien domestique voit son maître comme son chef de meute ou comme sa mère. Alors que les raisons de l'attachement d'une personne pour son chien demeurent multiples, l'attachement du chien domestique pour son maître peut également avoir plusieurs sources. 

Et vous? Pensez-vous que les comportements d'attachement que votre chien démontre à votre égard correspondent à votre manière d'aborder vos relations d'attachement en général? © 2006 Lehotkay

L'attachement dans la relation entre le chien domestique (Canis Familiaris) et son maître. Extrait de ma thèse de Doctorat en Psychologie (Ph.D.) présentée en 2003 à l'Université du Québec à Montréal, Canada (Mention d'excellence)

Résumé

Bien que la relation homme-animal de compagnie constitue un phénomène ancien, l'intérêt pour en faire l'étude scientifique n'a débuté qu'à partir du moment où des recherches ont démontré un effet physiologique sur l'humain lié à la présence d'un animal de compagnie. La grande majorité des recherches se sont alors intéressées aux bienfaits psychologiques associés d'une part à la présence d'un animal de compagnie à la maison, et d'autre part à l'attachement pour celui-ci. Cet intérêt pour l'attachement que le maître a pour son animal a conduit à l'élaboration de plusieurs échelles évaluant le niveau d'attachement.

Alors que l'attachement entre un maître et son animal semble être réciproque, il est intéressant de noter que dans le domaine de la relation homme-animal, seul le maître est examiné. Néanmoins, certains auteurs notent cet aspect de réciprocité, considérant même la relation homme-animal comme étant quelque peu similaire à celle qui se développe entre une mère et son enfant.

Considérant que l'attachement implique une relation entre un donneur de soins et un individu qui reçoit les soins d'une part, et que les différentes activités impliquées dans la construction et le maintien des attachements chez les humains peuvent également être présentes dans la relation homme-animal d'autre part, il est possible de penser que la relation d'attachement présente entre un animal et son maître puisse être semblable à celle qui se développe entre un enfant et sa mère. Par conséquent, nous pouvons supposer que la théorie de l'attachement de Bowlby (1969) puisse être appliquée à l'étude de la relation homme-animal, puisqu'elle considère justement les deux individus de la dyade, c'est-à-dire le donneur de soins et celui qui reçoit les soins. 

Bien que l'attachement du maître pour son animal ne corresponde pas nécessairement à l'attachement d'une mère pour son enfant, il semble que l'attachement de l'animal pour son maître puisse effectivement être comparé à celui que l'enfant démontre pour sa mère. Il a ainsi été démontré que les comportements du chien, lorsqu'il est séparé de son maître, sont similaires à ceux de l'enfant lorsqu'il est séparé de sa mère.

L'objectif général de la présente thèse consiste donc à étudier la relation homme-animal de compagnie par le biais de la notion d'attachement telle que proposée par Bowlby (1969). Dans ce contexte, les résultats obtenus dans le domaine de la relation mère-enfant suggèrent qu’il y a une relation entre le patron d’attachement de l’enfant et celui de sa mère. De façon plus spécifique, la présente thèse vise donc à vérifier s'il y a une correspondance entre le patron d'attachement du maître et les comportements d'attachement de son chien. Considérant que l'animal de compagnie est plus souvent vu comme un ami, et que l'attachement que nous voulons évaluer chez la personne adulte ne s'intègre pas exactement dans un contexte de relation parent-enfant, nous avons choisi une méthode d'évaluation plus appropriée à la relation homme-animal, c'est-à-dire qui considère l'attachement dans une relation davantage amicale. Ainsi, nous avons évalué le type d'attachement du maître avec le "Relationship Questionnaire" (ou RQ) de Bartholomew et Horowitz (1991), qui permet de mettre en évidence les deux dimensions de l'attachement que sont l'anxiété face à l'abandon et l'évitement de la proximité. Nous avons ensuite comparé les résultats issus de ce questionnaire avec les comportements d'attachement du chien, observés dans la Situation Étrangère telle qu'adaptée par Topàl et al. (1998). Cette procédure consiste en 7 épisodes de 2 minutes dans lesquels la réaction du chien est examinée en présence de son maître ou en présence d'une personne étrangère.

Cinquante-trois dyades maître-chien ont participé à cette étude. De manière générale, nos résultats sont semblables à ceux obtenus par Topàl et al. (1998). Les analyses suivantes démontrent que les 53 chiens observés peuvent être divisés en trois groupes, qui se distinguent en fonction des comportements de recherche de proximité et de contact avec leur maître, ainsi qu'avec l'étrangère. Les résultats obtenus quant aux réponses dans le RQ révèlent que les maîtres peuvent également être divisés en trois groupes, qui se distinguent en fonction de leur niveau d'évitement et de leur niveau d'anxiété. L'analyse suivante montre qu'il y a effectivement une relation significative entre les trois groupes de maîtres et les trois groupes de chiens. En ce qui concerne l'évitement, nos résultats démontrent que les maîtres les moins évitants ont un chien moins évitant avec son maître, les maîtres moyennement évitants ont un chien moyennement évitant avec son maître, et les maîtres plus évitants ont un chien plus évitant. Pour ce qui est de l'anxiété, les résultats sont moins clairs mais n'infirment tout de même pas la présence d'une relation positive.

L'interprétation de cette correspondance entre le profil d'attachement du chien et celui de son maître met l'accent sur l'origine de l'attachement qui unit un chien à son maître. © 2006 Lehotkay

 

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